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N°36 // Juillet 2017

AVANT-PROPOS

A partir de cette newsletter, une partie « Questions d'humanitaire » sera présente à chaque édition. Dans cette rubrique, nous reprendrons des questions générales et fréquentes sur nos métiers, et les témoignages des équipes du siège et des différents terrains d'intervention apporteront une réponse complète. N'hésitez pas à nous envoyer vos questions pour les prochaines newsletters à l'adresse suivante : communication@trianglegh.org  

Notre objectif est de vous donner à voir nos métiers et notre expertise à travers ces questions générales, grâce à l'implication de nos équipes. Vous trouverez donc, avant cette nouvelle rubrique, les témoignages de nos chefs de mission en Ukraine ainsi qu'en Corée du Nord.

Interview de Stéphane Vengut, chef de mission en Ukraine

Entretien-beneficiaires-a-Verkhniotoretske

Entretien avec des bénéficiaires à Verkhniotoretske, février 2017
Photo : TGH ©

Stéphane Vengut a participé aux évaluations multisectorielles le long de la ligne de contact pour identifier les besoins humanitaires des populations avant l'ouverture de notre mission en Ukraine, dont il est en charge aujourd'hui.

Après nos différents communiqués de presse et nos articles sur la spécificité de nos actions en Ukraine (le coupon électronique), que pourrait-on ajouter qui n’a pas encore été dit sur cette mission ?

 On ne précise pas assez que nous sommes dans un pays développé et qu'à la différence d'autres contextes d'intervention, nous nous identifions facilement à cet environnement. Internet est partout même sur la ligne de contact. Ce pays a eu une économie importante, a été à l'avant-garde de la technologie soviétique et a fourni à l'URSS deux présidents1 . Les cosaques que nous identifions aux russes sont en réalité ukrainiens, tout comme les danses Arkan et Gopan. Les populations sont aujourd'hui peinées de voir leur pays à la dérive, leur orgueil est touché, et cela leur est très difficile.

De même, nous ne parlons pas assez des dégâts que font les mines des armées en déroute dans les champs et bas-côtés des routes. Les civils en sont les principales victimes, lorsqu'au printemps ils retournent travailler les champs. Nous savons qu'il y a un conflit, mais nous ne savons pas grand-chose de son intensité. Il y a toujours des combats sur la ligne de contact et des accrochages2 qui continuent de faire des victimes civiles et militaires.

En termes de sécurité, comment cela se déroule au sein de la mission ?

Nous avons un suivi sécurité important. Tous les mois (ou plus si la situation l'exige), nous avons une réunion avec la coordination civile ou militaire (OCHA3 qui s'appelle ici CIMIC). Cette réunion réunit les ONG locales, internationales et les autorités militaires. Nous faisons un point sur l'intensité de la situation, mais également sur les difficultés entre les autorités militaires et les acteurs humanitaires intervenant sur la ligne de contact, les contrôles au checkpoint, la formation des relèves militaires avant de prendre leur poste, etc. Nous avons aussi une réunion mensuelle avec INSO (ONG spécialisée dans la sécurité) qui collecte et analyse tous les événements sécuritaires. Enfin, 48 heures avant toute sortie sur le terrain, nous envoyons une lettre d'information à la CIMIC indiquant l'objet de la sortie, les participants, le type du véhicule et le trajet emprunté.

Concrètement, comment se déroulent tes journées sur la mission ?

Il y a d'abord tout un aspect coordination avec les différents acteurs humanitaires. Nous participons aux réunions de coordination du cluster4 WASH, du cluster sécurité alimentaire, du groupe de travail sur la modalité voucher/cash, et aux réunions de coordination générale OCHA. Avant une réunion, nous préparons les mises à jour quantitatives et qualitatives de nos activités, pour ensuite discuter entre acteurs humanitaires des besoins, de leur évolution ou encore de l'adaptation de notre réponse si nécessaire. Il m'arrive aussi de faire des présentations de nos activités, étant donné que nous sommes les seuls à utiliser la modalité des e-voucher, qu'elle est pertinente, et que nous obtenons des résultats très positifs.

Nous rencontrons également notre partenaire local Country of Free People (CFP) afin de nous coordonner pour le suivi de nos activités. CFP est actuellement le principal signataire du projet en cours et nous sommes leur partenaire « local ». C'est tout un travail d'accompagnement et de renforcement de compétences.

Ensuite, je travaille sur les aspects administratifs des projets, nos relations avec les bailleurs (UNICEF, Ambassade de France) et sur l'écriture de divers rapports d'activités. Sur l'aspect gestion de mission, on veille à être à jour d'un point de vue légal auprès des autorités ukrainiennes par exemple, ou sur notre prévisionnel financier pour ne pas avoir de rupture de financement.

La journée peut aussi faire l'objet d'une sortie terrain où nous évaluons l'impact qualitatif de nos actions par des entretiens avec des bénéficiaires, des épiceries partenaires, des services sociaux et des autorités locales.

Suivi auprès des autorités locales

Suivi auprès des autorités locales
Photo : Stéphane Vengut / TGH ©

Lors des rencontres avec des bénéficiaires, quel type de témoignages reçois-tu, tant de la part des épiciers que des bénéficiaires directs ?

Les retours sont positifs, les autorités locales sont contentes de voir des projets réalisés sur leur commune, les bénéficiaires sont satisfaits du choix qui leur est laissé lors des achats, les épiceries (principalement tenues par des femmes) se réjouissent des répercussions économiques de l'action sur leur commerce. Le Coupon contre Travail pour des activités d'entretien d'espaces publics et d'aide à domicile pour les personnes âgées, ainsi que l'implication des épiceries dans l'aide à la gestion des téléphones portables pour les plus handicapés créent ou renforcent la cohésion sociale et les capacités de résilience.

Y a-t-il eu des difficultés dans l’utilisation des bons ?

Les difficultés se posent sur la mise en œuvre. Par exemple, lorsque des bénéficiaires décèdent après avoir reçu leur coupon, il faut récupérer cet argent. Idem pour ceux qui déménagent et ne sont plus éligibles. Mais cela reste marginal dans la mesure où cela ne concernait que 10 familles en moyenne par distribution, sur 3 600 coupons envoyés.
La coordination avec les autres acteurs humanitaires intervenant dans la même zone est plus compliquée. Pour ne pas avoir de doublons de sélection et donc d'aide, il faut un travail important de coordination, de partage de données, de rappel et d'échange en continu, qui se fait en bilatéral essentiellement, en amont et durant les activités.

Les bénéficiaires ont-ils des revendications particulières ?

Avant tout, ils désirent du travail et la fin du conflit. Nous sommes dans un pays développé, dans une région en crise où le besoin de cohésion, de résilience et de perspectives est essentiel. Le processus des coupons contre travail mis en place pour 300 personnes est très bien vu et très apprécié. Ce sont des activités pilotes, nous sommes actuellement en évaluation d'impact et de besoins pour soumettre des propositions de programmes plus ambitieuses.

1 Léonid Brejnev et Nikita Khrouchtchev
2 684 accrochages en journée entre 8h et 17h au mois de février. En juin, 235 accrochages ont été recensés.
3 Bureau de la coordination des affaires humanitaires
4 Cluster : il s'agit de groupes d'organisations humanitaires spécialisés dans chacun des domaines d'intervention humanitaire (ex. Eau, hygiène et assainissement). Ils assurent un rôle de coordination entre les différents acteurs.

Interview de Gaël Conan, chef de mission en Corée du Nord

Entretien-beneficiaires-a-Verkhniotoretske

Gaël Conan, chef de mission en Corée du Nord
Photo : Eric Martin / TGH ©

Notre mission en Corée du Nord est ouverte depuis 2000, Gaël Conan, Chef de Mission à Pyongyang, nous livre un état des lieux.

Depuis son démarrage, la mission a très certainement évolué. Comment s’est-elle développée ?

Dès le départ, nous nous sommes focalisés sur un secteur d'intervention spécifique : les productions aquacoles et piscicoles. Au fil des années, nous avons élargi nos zones d’intervention dans ce domaine. Par ailleurs, nos activités auprès des personnes âgées - qui font la spécificité de TGH en Corée du Nord – mises en place à Pyongyang depuis 2004 sont en cours de développement au niveau provincial.
Nous avons progressé dans nos relations avec nos partenariats locaux et les autorités techniques coréennes. Au fil du temps, nous avons tissé un lien privilégié avec notre partenaire local auprès des personnes âgées, KFCA1, et développé d'autres relations, notamment avec des experts de différents secteurs d'intervention (ministère de la Pêche, ministère de l'Agriculture, experts en nutrition des enfants…).

Quelles sont les perspectives de développement dans d'autres domaines d'expertise ?

Il y a encore beaucoup de choses à faire au sein de nos secteurs d’intervention. Nous varions les approches, tout en restant dans ces domaines. Notre secteur piscicole, par exemple, développe des projets d'amélioration de la production et de la postproduction des fermes qui fournissent les institutions sociales pour enfants. Un projet de partenariat est en cours avec une université vietnamienne et une université belge, pour améliorer la recherche et les expérimentations piscicoles.

As-tu remarqué des évolutions dans la façon de travailler des bénéficiaires, dans leur manière de considérer et d'appréhender votre travail à leurs côtés ?

Oui, bien sûr. Par exemple, la première phase d'intervention du programme pour les personnes âgées portait sur des maisons de retraite pour les personnes âgées dépendantes (sans support familial). Nous avons étendu notre domaine d'intervention pour couvrir l'ensemble de la population des personnes âgées du pays (3,4 millions en RPDC).

Notre deuxième phase d'intervention, le programme en cours, s'adresse aux personnes âgées à domicile. On essaie d'élargir notre cible pour atteindre un maximum de bénéficiaires. En revanche, l'accès contrôlé aux institutions pour enfants limite le changement d'approche.

Et dans votre relation directe avec les bénéficiaires ?

D'un point de vue global, autant avec les institutions que les fermes, tout reste très formel. L'accès aux bénéficiaires passe toujours par ce que l'on appelle le Comité Populaire, sorte de « squelette social et administratif du pays ». Des représentants des Comités Populaires sont présents dans chaque province et comté, et l'un d'entre eux nous accompagne lors de chaque déplacement sur le terrain. Les directeurs de ferme et des institutions pour enfants sont également sous leur responsabilité.

Pêche des carpes, ferme d’Onchon, Corée du Nord

Pêche des carpes, ferme d'Onchon, Corée du Nord
Photo : Coralie Bouloiseau / TGH ©

Comment cela se traduit-il au quotidien, il y a-t-il d'autres conditions particulières ?

Il y a des conditions très particulières ! Comme partout, l'équipe locale est sous contrat TGH, bien qu'elle soit constituée de personnes issues du ministère des Affaires Étrangères détachées auprès de TGH. Une autre spécificité réside dans le fait que TGH s'appelle EUPS Unit 52, c'est-à-dire une unité qui met en place des projets pour le compte de l'Union Européenne. Toutes les ONG résidentes travaillent ainsi en RPDC et ont cette dénomination.

D'un point de vue plus général, l'accès au terrain et la mise en place des activités demandent plus d'efforts d'adaptation que dans un autre pays. Les visites sur le terrain sont plus restreintes et chaque expatrié n'a la possibilité de s'y rendre qu'une fois tous les 15 jours.

Cependant, en termes d'entente entre équipe locale et expatriés, il y a une vraie bonne ambiance. Nous essayons d'entretenir ces relations entre les différentes organisations.

Et en termes d'anecdotes, il y a des imprévus typiques de la mission ?

Tout le temps ! Sur le terrain, par exemple, il arrive fréquemment d'entendre la phrase « on a oublié la clé d'accès au stock » ou « la personne responsable de tel ou tel service n'est pas là », etc. Il s'agit plus d'une prudence des Coréens de ne pas tout montrer, bien que nous puissions voir des améliorations de temps en temps. Cela peut déstabiliser les expatriés qui arrivent. A l'inverse, et tout aussi déstabilisantes, les conditions de vie des expatriés peuvent paraître étonnamment bonnes. En Europe, l'image de la Corée du Nord est assez négative alors qu'à l'arrivée à Pyongyang, on s'aperçoit que les conditions de vie sont particulièrement confortables. Cependant, la capitale ne représente pas l'ensemble du pays et il faut garder en tête qu'il s'agit d'une sorte de vitrine, ce n'est pas toute la réalité coréenne.

Un dernier mot sur cette mission particulière par bien des aspects ?

EUPS Unit 5 travaille au maximum sur l'accès aux bénéficiaires, afin d'apporter le matériel humanitaire et l'aide humanitaire directement. Nous sentons bien que les besoins demeurent dans le pays, et c'est justement ce qui justifie notre présence en Corée du Nord.

1 Korea Federation for the Care of the Aged
2 L'EUPS Unit 5 est la seule organisation humanitaire internationale travaillant dans l'aide sociale des personnes âgées en RPDC

Pour plus d'informations sur nos projets, voir la rubrique Nos actions sur le site de TGH.

QUESTIONS D'HUMANITAIRE

question-humanitaire

Quelles sont les qualités nécessaires pour être un travailleur humanitaire ?

A : En premier lieu, la reconnaissance de l'autre dans sa différence, puis la flexibilité et l'adaptabilité. Le « savoir être » est au moins aussi important que le « savoir faire ». Enfin, il faut être réaliste.

B : L'ouverture d'esprit, la flexibilité et le professionnalisme en termes de connaissances techniques précises ou, pour des profils plus généraux, être au fait des procédures et des manières d'approcher les partenaires bailleurs de fonds et les autres acteurs humanitaires.

C : Il faut aimer travailler en équipe, savoir marcher sur un fil avec responsabilité, savoir gérer le stress et la frustration qui ne manqueront pas de surgir inopportunément, respecter sincèrement les us et coutumes du pays d'accueil, savoir se remettre en question chaque matin et éviter absolument d'adopter la posture du Père Noël universel.

question-humanitaire

Choisit-on sa destination ?

A : Bien sûr, à moins d'avoir une démarche qui consiste à dire « ce qui m'intéresse c'est de m'engager dans l'action humanitaire, point » et d'être prêt à partir au premier coup de fil. Mais c'est une démarche presque archaïque dont l'enjeu est plus personnel que l'objectif visé. Pour mon expérience j'ai toujours choisi mes destinations, l'endroit où je vais, ce sur quoi je travaille. Après, il arrive qu'on n'ait pas pensé à un pays en particulier et que l'intérêt apparaisse suite à la présentation et à la discussion. Je n'ai jamais choisi une mission où je ne ressentais pas d'intérêt, de curiosité, l'envie d'aller voir de plus de près et de m'engager parce que j'y trouvais du sens.

B : Oui. D'expérience, il n'est pas agréable de travailler avec des expatriés qui ne connaissent pas un tant soit peu le contexte du pays. Certes, on ne peut pas non plus connaitre chaque pays, mais à partir du moment où on décide de partir, on se doit de savoir où on pose les pieds. Il faut avoir un minimum d'informations sur le terrain, savoir ce qui s'y passe. L'objectif reste notre envie de découvrir le monde, c'est ce qui fait de nous des humanitaires.

C : Oui, généralement on répond à une offre d'emploi, la destination est donc choisie avant le recrutement et jamais imposée ensuite. A noter que certaines destinations (risques sécuritaires, conditions climatiques difficiles, isolement géographique…) sont plus difficiles à pourvoir pour les ONG.

En Bref…

2 mai 2017  :
TGH a organisé son troisième Café Humanitaire au Café de la Cloche à Lyon 2ème. Cette rencontre sur le thème « Questions d'humanitaire : travailler au Kurdistan irakien » a réuni une cinquantaine de personnes.

18 mai 2017  :
Nos responsables en Ressources Humaines ont participé au Forum des ONG de l'école des 3A.

19 mai 2017  :
TGH a signé avec 28 autres ONGI un appel à la communauté internationale afin de renforcer l’aide humanitaire en République Centrafricaine.

20 juin 2017  :
A l'occasion de la Journée internationale des réfugiés, TGH a organisé des ateliers avec les populations réfugiées du centre communautaire de Daratu, Kurdistan irakien.

TGH a également co-signé un communiqué rappelant la situation de crise des réfugiés sahraouis en Algérie afin d'alerter davantage la communauté internationale pour que cette crise ne soit pas oubliée.

20 juin 2017  :
TGH a participé à une journée Ressources Humaines auprès des étudiants du master Action Humanitaire à Aix-en-Provence.