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-- MARS 2002 -
- JOURNAL N°2 -
Trafic d'enfants
     

 

Trafic d’enfants entre l’Albanie et la Grèce : Informer et faire pression !

Fin 1999, Terre des hommes démarre la première enquête sur le trafic d’enfants entre l’Albanie et la Grèce.
Les conclusions sont alarmantes : les rues de Thessalonique et d’Athènes grouillent d’enfants albanais, affamés et maltraités par leurs patrons. Ces enfants sont principalement originaires d’Elbasan et de Korça, prêtés par leurs parents dans l’espoir de ramener en quelques mois un peu d’argent à la maison.

Fin 2000, un projet de prévention est accepté. Terre des hommes, après une absence de deux ans, revient en Albanie.
L’approche est d’abord prudente. Nous savons que les réseaux d’exploitation sont très bien implantés et la mafia puissante. Il faut d’abord comprendre l’environnement, les conditions de vie de ces familles pour appréhender ce qui est devenu en dix ans, le temps de l’ouverture du pays à l’Europe, un phénomène social aberrant.

Pourquoi un enfant est-il devenu une source de revenu pour sa famille ?
Comment est-il envoyé en Grèce ?
Comment les réseaux fonctionnent-ils ?
Que font l’école, les services sociaux, la police ?

Nous apprenons rapidement, grâce à nos partenaires de la fondation albanaise Aide aux enfants, que ce trafic est connu de tous. Mais entre les rumeurs urbaines, les dénonciations souvent non fondées des médias et le bouche à oreille, l’albanais de la rue mélange tout : trafic d’organe, vente des bébés, prostitution, pédophilie. Rien sur l’exploitation des enfants exilés en Grèce.

Un amalgame dangereux pour une opinion publique totalement découragée par la corruption et l’instabilité des gouvernements successifs.

Le trafiquant venant chercher l’enfant trouvait la maison hostile : les parents avaient changé d’avis sous la pression des agents de prévention.

Le travail initial fourni par les équipes de Terre des hommes est le "redressement" de l’information et sa catégorisation. La première étape est l’organisation d’activités récréatives en école, dont le but premier - qui restait confidentiel - était de détecter les enfants à risques. Ces animations ont continué pendant tout l’été, tout en poursuivant l’enregistrement systématique des enfants, autour de l’école, dans le quartier, lors d’excursions. A chaque fois, une fiche signalétique a été remplie, et une photo portrait a été prise.

Simultanément, les équipes sociales ont visité les familles les plus vulnérables. Dans la région de Korça, à 30 km de la frontière grecque, plus de vingt enfants ont été rattrapés au dernier moment. Le trafiquant venant chercher l’enfant trouvait la maison hostile : les parents avaient changé d’avis sous la pression des agents de prévention.

L’accumulation de ces expériences nous a permis de produire un ensemble de documents de prévention : deux séries de témoignages d’enfants en vidéo, une brochure didactique pour les enseignants et une bande dessinée pour les enfants. Chaque document a été préalablement testé auprès du public-cible. Un numéro de téléphone est maintenant disponible pour les professeurs. A la rentrée scolaire, ce matériel sera distribué lors des projections - débats animés par les équipes de la fondation, prévus dans chaque école du projet.

Mais le trafic d’enfants est d’abord un réseau. Il nous faut utiliser le même moyen pour le contrer. En six mois, la mission de Terre des hommes en Albanie a initié une coordination des ONG actives dans la lutte contre le trafic d’enfants. Elle rassemble aujourd’hui plus d’une dizaine d’organisations nationales et internationales, fédérées par le ministère albanais des affaires sociales. Une coordination qui " couvre " les deux grands axes géographiques du trafic d’enfants : vers la Grèce et l’Italie.

Enfin en septembre dernier, Terre des hommes obtient le soutien du bureau de l’Unicef de Tirana pour poursuivre son effort de coordination, cette fois-ci directement en Grèce. Il s’agit de rassembler ONG et autorités grecques autour du rapatriement des enfants dans leur pays d’origine, avec pour objectif de dynamiser le réseau de l’autre côté de la frontière…

Une entreprise de longue haleine est commencée. Ensemble, avec tous les partenaires, nous devons continuer le travail de sape contre ce trafic et renforcer les défenses des familles les plus fragiles. Chaque semaine, nous savons que les trafiquants passent, de nuit, les montagnes grecques, entraînant derrière eux trois ou quatre enfants, serrés les uns contre les autres, pour ne pas se perdre… Nous devons les retrouver.

Vincent Tournecuillert
Chef de Mission, Terre des Hommes - Albanie

 

 


 

 

 

 

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