retour accueil
Newsletter N°6 - Juin 2008

La junte birmane a fait l’objet de vives critiques à l'étranger pour sa gestion de la crise humanitaire consécutive au cyclone Nargis. 2,4 millions de personnes sont sinistrées, et la majorité d'entre elles, selon l'ONU, n'ont pas reçu de secours. Devant l'ampleur
de la catastrophe, la junte au pouvoir a dû se résoudre à accepter l'aide internationale, tout en restant très méfiante vis-àvis des étrangers, suspectés de “tactiques sournoises visant à (sa) perte”. Bien que l’étendue des destructions ne soit pas encore totalement connue, et que les évaluations permettant de chiffrer et de planifier la reconstruction soient rendues difficiles par les restrictions draconiennes imposées, le premier constat est que l’aide ne devra pas se limiter aux secours humanitaires d’urgence. Selon les experts, le cyclone Nargis a mis en péril l'autosuffisance alimentaire de la Birmanie, lamettant dans l’obligation d’importer du riz, alors qu’avant la catastrophe des exportations étaient prévues vers le Sri Lanka et le Bangladesh, victimes de pénuries liées à la crise du marché international des céréales. Les activités de développement social et économique qui doivent être envisagées ne pourront être déployées qu’à la suite d’analyses précises nécessitant du temps. Malheureusement, l’allocation de l’assistance internationale ne dépend pas seulement de l’intensité des besoins, mais aussi de considérations politiques et médiatiques, qui bien souvent en déterminent le montant. Alors que l’état indonésien, face à l’emballement médiatique et à l’ampleur des destructions causées par le Tsunami, avait largement ouvert la province d’Aceh - à l’époque en état d’urgence - à l’aide internationale, la Junte militaire birmane a restreint l’accès aux populations, ce qui a mis un frein à l’implication des sociétés civiles et des bailleurs de fonds partenaires habituels des ONG. Le risque existe que toute aide à la reconstruction ne soit soumise à de nouvelles conditions, les exigences politiques des diplomaties occidentales vis-à-vis du régime birman venant s’ajouter aux contraintes qui pèsent déjà sur l’action l’humanitaire. Si l’on considère l’urgence, à savoir le secours porté à une population à un instant précis et sur une durée limitée, comme une nécessité et un devoir, il appartient alors aux diplomaties étrangères de mettre en suspens leurs exigences politiques, afin de laisser le champ libre au “mouvement humanitaire”.

Editorial
Par Patrick Verbruggen, codirecteur

Filet
Mentions légales / Webmaster / Appels d'offres / Contacts / Plan du Site / Crédits