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Agriculture et sécurité alimentaire

Par Lionel Roux – Responsable cellule sécurité alimentaire et développement rural Triangle G H
“Le nombre de personnes ayant faim en 2009 sera de 1,02 milliard pour la première fois de l'histoire […] et le flux d'aides alimentaires est à son niveau le plus bas depuis 20 ans”1. Difficile d’espérer ainsi atteindre l’Objectif n°1 du Millénaire pour le Développement : réduire de moitié la population souffrant d’insécurité alimentaire chronique de 1990 à 20152.

Mis de côté par les décideurs politiques et largement délaissés par les investisseurs après les indépendances, l’agriculture et les agriculteurs des pays en développement ont depuis été considérés comme jouant un rôle secondaire dans le développement de leurs pays. Cependant, 75% des habitants pauvres des pays en développement sont des ruraux et tirent leur subsistance de l’agriculture. Ils sont ainsi les premières victimes de décisions politiques qui ont abandonné l’agriculture au profit des secteurs secondaire et tertiaire, alors qu’ils pourraient être un véritable moteur de développement social et économique.

La fluctuation des prix des récoltes est le principal facteur de ce phénomène : lorsque les prix baissent, les agriculteurs les plus pauvres doivent vendre tous leurs moyens de production. Contraints à l’exode rural, ils alimentent la pauvreté urbaine. Lorsque les prix augmentent, les agriculteurs plus aisés peuvent investir pour améliorer leurs outils de production. Mais cette hausse, particulièrement lorsqu’elle est importante, est dommageable pour les autres activités économiques, et  dramatique pour ceux qui ont déjà tout vendu.

Il appartient donc aux décideurs politiques d’imaginer des mécanismes permettant de trouver un juste équilibre : un niveau de prix suffisant pour que les agricultures soient plus rentables, produisent plus, et que les revenus des agriculteurs dynamisent les économies locales, sans excès pour ne pas affamer les populations urbaines, et aboutir à des émeutes de la faim comme en ont connu une trentaine de pays en 2007 et 2008.

Sud de Sana’aAu Yémen, à quelques 150 km au Sud de Sana’a, les bonnes récoltes et les prix élevés de l’année 2008 ont permis à Ali de s’acheter une petite moto et de garder tous ses chevreaux pour agrandir son troupeau. Une très bonne année pour lui et ses proches.

La sécurité alimentaire n’est pas seulement liée à des problématiques agricoles et techniques, mais est de plus en plus associée à un contexte économique et social plus large. Cet enjeu majeur qu’est le lien entre la sécurité alimentaire et l’agriculture trouve sa place dans les préoccupations de tous les pays, au Nord comme au Sud, comme en témoigne l’importance des politiques agricoles destinées à assurer une souveraineté alimentaire en Europe ou aux États-Unis.


À l’échelle locale, le dilemme se pose également dans l’équilibre du soutien apporté d’une part aux plus pauvres et d’autre part à des agriculteurs relativement plus aisés. Les premiers n’ont souvent plus les moyens, notamment fonciers, de développer une activité agricole et donc de subvenir à leurs propres besoins. Il leur faut développer d’autres activités non-agricoles. Les seconds sont par contre capables de développer la productivité de leur exploitation afin de contribuer à l’accroissement de la production et donc de la disponibilité alimentaire locale, nationale et finalement mondiale. À travers ses actions, Triangle GH s’efforce d’assurer un équilibre dans son soutien aux uns et aux autres.

Afin de rétablir les équilibres, il est nécessaire d’investir dans l’agriculture, et la marge de progression existe incontestablement, seule manquait la volonté. Les orientations de nombreux pays et des institutions internationales ont aujourd’hui évolué, à l’image de la banque mondiale qui reconnait avoir découragé, à tort, le secteur primaire.

À l’échelle macroéconomique, la production alimentaire ne cesse de croître et a atteint, selon la FAO, un nouveau record en 2007. Seul problème, la croissance démographique est encore supérieure, et depuis 1984 la disponibilité alimentaire par personne diminue chaque année.


Seule une stratégie globale peut avoir une influence significative et durable sur la sécurité alimentaire mondiale. Si la coordination de tous les acteurs au niveau local est nécessaire pour apporter des améliorations techniques trouver le juste équilibre entre l’augmentation des rendements et la préservation des écosystèmes, elle n’est pas suffisante. Des actions politiques d’envergure au niveau national et international sont impératives. Les attentes seront grandes quant aux conclusions du Sommet Mondial des Chefs d’États et de Gouvernement sur la Sécurité Alimentaire qui aura lieu à Rome, du 16 au 18 novembre prochain.

1 Josette Sheeran, directrice exécutive du Programme Alimentaire Mondial. Conférence de presse à Londres, le 16/09/2009.
2 Objectif n°1.9 : Passer en dessous des 400 millions de personnes n’ayant pas assez à manger pour satisfaire leurs besoins quotidiens d’énergie

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