Depuis le cyclone Nargis, qui a frappé la Birmanie les 2 & 3 mai 2008, entraînant la mort de plus de 120 000 personnes dans les provinces de l’Ayeryawadi et Yangon, Triangle G H a inscrit son action dans ce pays sur l’aide d’urgence dans un premier temps (réhabilitation des services de base, accès à l’eau potable), puis, rapidement, sur la relance des activités économiques et génératrices de revenus (agricoles, d’élevage, de pêche, maraîchage).
Le cyclone Nargis a frappé une région jusqu’alors peu ciblée par l’aide humanitaire en raison de sa relative prospérité.
Considéré comme le « grenier à riz » du pays, l’Ayeryawadi a été ravagé par les vents et la montée des eaux. En plus des vies humaines détruites par le cyclone, des biens matériels (maisons, écoles, temples, ponts, jetées, routes, bateaux) ont été anéantis, le bétail de trait et d’élevage a été décimé, et les ressources en eau douce polluées. Les activités et les réseaux économiques se sont effondrés du fait de la perte des outils de travail ainsi que des stocks de produits bruts. La nature a, elle aussi, bien souffert, les vagues et le vent ont abattu les arbres, les mangroves ont été rasées et des lambeaux de terres, dont certains habités, ont été emportés.
Plus d’une centaine d’ONG locales et internationales dont Triangle G H sont intervenues au lendemain de la catastrophe pour aider la population, et environ 50 ONG sont aujourd’hui encore en activité dans le delta, plus d’un an après la catastrophe.
En 2008, Triangle G H a pour sa part contribué à la restauration des activités agricoles, d’élevage, de pêche, à la réhabilitation d’accès à l’eau et à la reconstruction d’infrastructures dans les districts de Laputta et de Kungyangon. Ces projets, basés sur une approche participative, nous ont permis d’acquérir une solide expérience dans des domaines variés (riziculture et maraîchage, élevage, pêches en rivière et mer, etc.) et surtout de développer une approche vis-à-vis des villages et une stratégie visant à renforcer les capacités de production et donc d’autosuffisance alimentaire des populations des zones ciblées.

Réunion villageoise à Laputta pour organiser les distributions de semences de riz
Depuis mars 2009, Triangle G H met en œuvre un programme financé par l’Aide Alimentaire Programmée (MAE Français), combinant distribution de denrées alimentaires et soutien à la relance des activités agricoles et de réhabilitation d’infrastructures villageoises. Un volet complémentaire de distribution de semences pour les cultures maraîchères familiales a aussi été intégré à ce programme.
Le programme AAP1 2009 en quelques chiffres (provisoires) :
Montant total du projet = 486.000 EUR
Durée du projet : 9 mois, d’avril à décembre 2009
Intervention dans plus de 50 villages, représentant une population de plus de 33.000 habitants
Distribution de :
- 10 200 rations alimentaires mensuelles (riz, haricots, huile, sel et sucre), représentant plus de 630 tonnes de nourriture
- 432 tonnes de semences rizicoles
- 5 200 kits de jardinage (semences, engrais, outils)
Contribution à la remise en culture de :
- 16 000 hectares de rizières
Réhabilitation de :
- 10 ponts en bambou, bois et béton
- 20 jetées en bois
- 10 km de pistes (y compris drainage)
- 12 points d’eau (puits et réservoirs d’eau potable)
En contribuant à la relance agricole dans les zones affectées par le cyclone Nargis pour leur permettre de récupérer leurs capacités de production agricole et obtenir une récolte 2009 suffisante afin d’atténuer la crise alimentaire, l’action de Triangle G H s’est inscrite dans la thématique de la sécurité alimentaire tout en aidant à la relance des activités économiques et à la reconstitution des réseaux d’échange. En effet, cette intervention permettra à terme aux populations affectées par le cyclone Nargis de gérer au mieux la transition entre l’aide alimentaire d’urgence et la phase de stabilisation et de développement après l’arrêt de celle-ci.
Ces projets, basés sur une approche participative, nous ont permis d’acquérir une solide expérience dans des domaines variés et surtout de développer une approche vis-à-vis des villages et une stratégie visant à renforcer les capacités de production et donc d’autosuffisance alimentaire des populations des zones ciblées.
Pour la mise en œuvre de ce projet, Triangle G H s’est appuyé d’une part sur son expérience acquise au cours de précédents projets en Birmanie, ainsi que dans d’autres pays où Triangle G H est intervenu et a dû faire face à des problématiques similaires.
Les missions d’évaluation des besoins réalisées fin 2008 et début 2009 par l’équipe de Triangle G H avec l’appui d’experts et de membres du Siège ont permis de cerner plusieurs problématiques : reconstruction, accès à l’eau potable, relance des activités agricoles, de la pêche, de l’élevage, et de l’artisanat.
Certaines de ces activités étant déjà soutenues par des fonds spécifiques, nous nous sommes concentrés sur la problématique de la relance des activités agricoles, qui nous semblait prioritaire et encore insuffisamment soutenue. C’est pourquoi notre réflexion s’est orientée vers une intervention de type « agricole », en y intégrant la réhabilitation des infrastructures permettant le transport et donc l’amélioration des échanges entre les villages, base de l’économie dans la région du delta.
Une intervention limitée stricto sensu à la remise en culture des terres agricoles dans le delta nous aurait obligés à cibler principalement, voire exclusivement, les propriétaires terriens (qui ont eux aussi perdu leurs moyens de production lors du cyclone et jouent un rôle déterminant dans la vie économique du village) au détriment des groupes de population les plus vulnérables. Notre intervention voulait certes favoriser la remise en culture des terres pour accroître la production alimentaire, mais également cibler les personnes sans ressources les plus touchées par la catastrophe : personnes employées comme journaliers ou saisonniers dans les rizières pendant la saison des pluies (été) et pratiquant, le plus souvent, des activités de pêche, toujours en journaliers, en saison sèche (hiver).
En Birmanie, les fermiers emploient des travailleurs journaliers en les payant en riz et en argent. Ces travailleurs perçoivent donc le plus souvent un salaire et de la nourriture en début de la saison agricole, et reçoivent lors des moissons un complément de nourriture, sous forme de riz, proportionnel à leur travail et au rendement de la récolte.
En mai 2009, début de la saison des semis, plusieurs difficultés se présentaient pour les agriculteurs du delta, et notamment un manque d’accès aux semences de riz et aux moyens traditionnels de préparation des terres (absence de bêtes de trait, mais également incapacité à embaucher et rémunérer la main d’œuvre.
En effet, les semis et les réserves de riz ont été dans leur quasi-totalité emportés et détruits par le cyclone.
Le programme d’aide alimentaire de l’AAP, basé sur la distribution de nourriture et de semences s’inscrivait donc pleinement dans cette logique.
Les bénéficiaires directs (travailleurs journaliers) ont été sélectionnés dans 50 villages qui avaient été ciblés lors de nos diverses évaluations selon les critères suivants : fortement touchés par le cyclone, encore peu ou pas atteint par l’aide humanitaire et présentant des besoins importants en termes de relance agricole.

Distribution de plants d'arbres fruitiers de la FAO
La mise en œuvre des activités s’est faite en partenariat avec les chefs des villages et les fermiers qui voulaient participer à l’opération.
L’équipe Triangle G H a été répartie sur deux bases, Laputta et Kungyangon, pour couvrir respectivement 45 et 5 villages. 28 personnes ont été embauchées localement pour aider à l’organisation des achats, au suivi des distributions et des travaux, ainsi que pour l’encadrement de l’équipe.
Une première phase de discussion avec les autorités locales, les chefs des villages, les bénéficiaires et les fermiers nous a permis d’affiner notre approche et d’optimiser l’organisation des distributions de nourriture.
Contenu des rations alimentaires (par mois et par famille)
- 50 kg de riz blanc
- 5 kg d’haricots
- 4 litres d’huile alimentaire d’arachide
- 830 gr de sucre
- 830 gr de sel
Les activités du programme ont ainsi démarré, selon un calendrier d’action respectant les contraintes saisonnières et agricoles.
Le premier objectif était de relancer l’activité agricole en fournissant aux paysans de la nourriture afin qu’ils puissent embaucher des travailleurs journaliers/saisonniers. Soulagés d’une partie de leur charges pour assurer la relance des rizicultures, les fermiers ont pu consacrer le peu d’argent dont ils disposaient à l’achat des semences et des engrais pour la remise en culture des rizières mises à mal par le lessivage à l’eau de mer dont elles avaient été victimes. A noter qu’une intervention de type « travail contre argent» aurait elle aussi été tout autant voire mieux adaptée au contexte dans certains villages pour relancer les activités et les échanges économiques.
Une distribution mensuelle de rations alimentaires (sacs de riz, haricots, bouteilles d’huile…), calculée en fonction des jours travaillés, a été mise en place par l’équipe Triangle G H dans chaque village, avec l’aide des fermiers et des chefs de villages. Cependant, le problème des semences est vite apparu.
Comme toutes ces activités sont liées aux ressources en eau, nous avons aussi intégré un volet de réhabilitation des sources d’eau potable telles que puits ou réservoirs à ciel ouvert.
À l’origine du projet, en raison des stocks disponibles et de l’aide annoncée par d’autres agences internationales, il n’était pas prévu de distribuer des semences pour les rizicultures. Les difficultés d’achat rencontrées par des paysans qui avaient largement perdu leurs ressources, et le manque de disponibilité des semences se sont rapidement révélés. L’équipe de Triangle G H s’est alors engagée dans une course contre la montre, afin de trouver des semences en quantité suffisante pour couvrir les surfaces ciblées (mission difficile en raison de la rareté des semences disponibles en grande quantité à la période actuelle en Birmanie) et de les acheminer au plus vite dans les villages les plus reculés du delta, avant que la période des semis ne s’achève. Les 430 tonnes de semences distribuées dans le cadre du projet ont ainsi permis de remettre en culture plus de 4.000 hectares de rizières, parmi les 16.000 hectares dans le cadre du FFW , les 12.000 hectares restants ayant reçu des semences d’autres organisations ou directement par les fermiers si ces derniers en avaient la ressource.
Fort du succès de cette relance agricole, la seconde activité de réhabilitation d’infrastructures villageoises a pu être lancée. Basée sur le même principe de mobilisation des ressources humaines (travailleurs journaliers) rémunérées en rations alimentaires, et en soutenant l’achat des matériaux de construction, des travaux de réhabilitation de jetées, ponts et routes ont été réalisés. Toutes ces infrastructures sont liées aux activités économiques des villages, leur permettant soit l’accès aux champs, soit la communication avec les autres villages et les villes où sont installés des marchés.
En parallèle de ces activités, des kits de semences ont été distribués, visant les personnes sans ressources disposant d’une petite parcelle de terre cultivable, afin de valoriser cette dernière grâce à des cultures potagères vivrières. Courges, haricots, gombo, concombre et autres légumes ont ainsi pu être cultivés, avec l’apport d’engrais. Il est également prévu de distribuer des semences « hivernales » comme la citrouille en fin de projet.
Comme toutes ces activités sont liées aux ressources en eau, un volet de réhabilitation des sources d’eau potable telles que puits ou réservoirs à ciel ouvert a été intégré. Ces sources d’eau avaient été polluées lors du cyclone par l’eau de mer ainsi que par des dépôts d’alluvions. La saison des pluies de 2008 n’était pas venue à bout de cette pollution, et la saison sèche de 2008 fut pour beaucoup difficile en termes d’approvisionnement en eau potable. Grâce à l’intervention de l’aide internationale en vue de résoudre cette problématique, et grâce à la saison des pluies de 2009, les sources d’eau potables sont dorénavant plus saines et réduiront les problèmes d’approvisionnement en eau.

L’équipe Triangle G H dans un village de Pynsalu
Au niveau des accès sur le terrain, même si les procédures sont toujours lourdes (demande d’autorisations mensuelles de déplacements auprès du ministère de tutelle), elles n’ont cependant jamais entravé le bon déroulement du projet. La vraie problématique concerne les visas des expatriés, car si les procédures avaient été simplifiées pendant un certain temps en 2008 pour faciliter l’intervention humanitaire d’urgence, elles sont redevenues normales (et donc longues et compliquées) depuis avril 2009. Quelques périodes en sous effectifs ont donc dû être gérées, mais là aussi sans entrainer de perturbations majeures par rapport au programme.
Les déplacements entre les villages se font principalement par bateau et quelquefois par voie terrestre. Durant la période de la mousson, les pluies, conjuguées aux vagues et aux courants rendent parfois dangereux les transports, obligeant les équipes à rebrousser chemin en attendant l’accalmie.
Enfin, la coordination entre Triangle G H et les autres organisations intervenant dans les mêmes zones et sur des problématiques identiques se fait principalement au niveau local, sous supervision des autorités birmanes.
Si la sécurité alimentaire des plus démunis a pu être améliorée pendant cette saison agricole 2009, et si la récolte 2009 et la relance pour la saison 2010 est assurée en partie, il n’en demeure pas moins que la situation alimentaire dans le delta de l’Ayeyarwady est encore très précaire, et que la mobilisation des bailleurs et des organisations internationales doit être constante, à l’écoute des besoins et de la population.