Triangle met en place des projets de développement au Yémen depuis plus de 10 ans. De tous les pays dans lesquels nous intervenons, le Yémen est la mission la plus ancienne. La poursuivre semble une évidence, tant les besoins sont grands, et tant nous sommes ancrés au cœur de ce pays et attachés à ses habitants. Pourtant, travailler au Yémen n’est pas toujours aussi simple…
Un défi…
Le challenge est tout d’abord physique : que ce soit à Aden, Hodeïda, Shabwa ou Socotra (les 4 endroits où nous sommes basés), chaleur et humidité rendent la vie très difficile près de 8 mois dans l’année.
Il est ensuite psychologique : la culture yéménite est si éloignée de la culture française que sa rencontre, au-delà de l’intérêt indiscutable qu’elle représente, peut se révéler déstabilisante.
1 Olivier LECONTE a été Chef de Mission Triangle G H au Yémen d’octobre 2007 à août 2008
Photos :
TGH
Mais le Yémen présente également deux spécificités qui ajoutent à ces difficultés :
Le « qat », cette feuille aux vertus euphorisantes que mâchent quotidiennement près de 80% des hommes et 50% des femmes (selon l’Unicef), est incontournable au Yémen, avec de nombreuses conséquences sur la santé, le travail et la répartition des dépenses familiales. Cela peut devenir un vrai « casse-tête » idéologique pour nous, lorsque les revenus générés par les projets que nous mettons en place sont majoritairement affectés à la dépense de « qat », au détriment des dépenses de santé ou d’éducation…
Enfin, et plus que tout autre chose, la place des femmes dans la société peut prêter à confusion. On pourrait les croire oppressées, opprimées, privées de toute liberté. Pourtant, sous les voiles et les habits noirs, se trouvent aussi des femmes compétentes, éduquées et libres. Dans cette société patriarcale, il s’avère parfois que la place des hommes n’est pas forcément plus enviable que celle des femmes…
Il est donc primordial de savoir conserver une réelle ouverture d’esprit, et de prendre garde à ne pas tomber dans le jugement ou les stéréotypes, afin d’être en mesure de comprendre la complexité de la culture de ce pays.
Il est également sécuritaire : attentats, enlèvements, spectre d’une guerre civile, la situation n’est pas très stable au Yémen. Sans dramatiser, il faut convenir que les risques existent, et que la sécurité est un souci quotidien.
Il est enfin éthique : la corruption est un fléau qui tue les pays du Sud, et le Yémen n’est pas épargné. Refuser de se plier à cette pratique peut parfois rendre le travail quotidien très difficile.
Ces défis, bien réels, sont le lot de presque toutes les missions. L’isolement, l’insécurité, les chocs culturels et climatiques ou la corruption sont le quotidien du travail dans la solidarité internationale.
En tant qu’ONG de solidarité internationale, notre ambition n’est ni de donner des leçons de morale ou de savoir-vivre, ni de faire de l’Arabia Felix (nom mythique du Yémen) une terre de culture européenne, mais simplement de rendre la vie un peu plus facile pour ceux avec qui nous avons la chance de travailler.
Qui vaut le coup !
Le Yémen est un pays pauvre, dont certaines régions semblent vivre hors du temps, privées d’eau, d’éducation et vivant dans une misère extrême. Dans un tel contexte, chaque projet que nous mettons en place est une étape, aussi modeste soit-elle, vers une amélioration des conditions de vie des hommes et des femmes de ce beau pays.
Les Yéménites sont des gens formidables, fiers de leur culture, de leur mode de vie, curieux et avides de rencontres. Le travail que nous menons en commun avec eux est source d’un enrichissement mutuel, qui relativise toutes les difficultés qui se dressent sur notre route…
Nos interventions ont aidé les réfugiés somaliens et éthiopiens à construire leur place dans la société yéménite. Nos projets watsan (eau et hygiène) et agricole ont donné aux femmes des responsabilités qu’elles n’avaient pas toujours auparavant.
A travers nos missions, nous permettons aux hommes et aux femmes yéménites avec qui nous travaillons de poser des questions, de se poser des questions. Libre à eux ensuite de donner leurs propres réponses…
Olivier LECONTE1