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Edito
Par Patrick Verbruggen - Co-directeur Triangle G H 
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Les objectifs premiers d’une OSI sont d’apporter à une population civile une aide permettant de couvrir ses besoins fondamentaux, lorsque l’Etat dont elle dépend ne peut y faire face.

C’est sur cette base que se sont développées les associations « sans frontières » à la fin des années 1970. Elles se situaient dans un contexte d’aide aux populations civiles, revendiquaient la nécessité de l’accès universel aux victimes, une totale indépendance envers tout pouvoir et tout contexte politique ou religieux, et s’appuyaient sur un financement en grande partie non institutionnel.

Au début des années 1990, les changements se sont accélérés, chaque nouvelle crise d’envergure donnant lieu à d’importantes innovations d’ordre pratique et éthique. Paradoxalement,  c’est au Soudan en 1989 qu’un gouvernement a pour la première fois autorisé l’acheminement de l’aide dans une région tenue par les rebelles, le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS). Les deux parties ont accepté de ne pas faire obstacle aux efforts menés par un consortium composé d’une quarantaine d'organisations non gouvernementales et d'agences onusiennes qui, dans le cadre de l'Opération " ligne de vie pour le Soudan " ou " Lifeline Soudan ", tentaient de venir en aide à des populations innocentes. Des dizaines de milliers de vies ont été sauvées, alors même que la situation semblait désespérée.

En 1990, au Kurdistan irakien, les forces de la coalition ont défini une « zone protégée » au sein d’un pays souverain pour protéger les populations kurdes. Certains gouvernements ont depuis lors qualifié leur présence militaire en Irak et en Afghanistan d’«essentiellement humanitaire », avec pour conséquence une confusion entre le rôle et les objectifs des acteurs politiques et militaires d’une part, et des acteurs humanitaires d’autre part, qui pose de graves problèmes en termes de perception de la neutralité de l’aide humanitaire. 
 
Les événements dramatiques survenus ces dernières années, tels que le bombardement du camp de casques bleus à Bagdad en août 2003, le meurtre de 17 employés d'une ONG française (l'Action contre la faim) au Sri Lanka en 2006, ou les prises d’otage de travailleurs humanitaires en Somalie ou au Soudan récemment ont amené une nouvelle réflexion des OSI sur la sécurité des expatriés. Il a toujours été dangereux de mener des activités humanitaires dans des zones de conflit armé ou de violence interne. À tout moment de la journée, les travailleurs humanitaires sont appelés à se rendre dans des zones qui ont été le théâtre de combats, ou à traverser des lignes de front entre parties opposées. Ils rencontrent les porteurs d’armes les plus divers, des militaires à la police, des forces paramilitaires aux rebelles, des enfants soldats aux mercenaires. Ils doivent également faire face à des actes de violence indépendants des conflits (agressions sexuelles, vol à main armée, harcèlement…) alors même qu'ils cherchent à venir en aide aux populations dans le besoin.

Cependant, si l’insécurité est souvent liée à des circonstances sur lesquelles les ONG n’ont aucune prise, l’apprentissage d’un comportement adapté à différentes éventualités peut en minimiser les conséquences. 

Il nous est donc apparu impératif de mettre en place les bases d’un cadre institutionnel clairement défini et évolutif, alimenté par l’expérience accumulée sur le terrain, qui permettra aux travailleurs humanitaires d’éviter certains écueils pouvant conduire à des situations périlleuses.
La cohérence des projets développés, soutenue par des pratiques adaptées des acteurs de terrain et de leur capacité à communiquer avec les bénéficiaires sont autant de facteurs essentiels à une bonne gestion des conditions de sécurité.

 « Ce qui est inacceptable et vraiment consternant, c'est que ces jeunes hommes et ces jeunes femmes qui se rendent dans ces régions pour venir en aide deviennent eux-mêmes des cibles. Ils ne sont en guerre avec personne. Ils sont là parce qu'ils veulent aider, ils sont là parce qu'ils éprouvent de la compassion, ils sont là parce qu'ils comprennent la condition humaine et qu'ils veulent faire tout en leur possible pour aider. Il est impardonnable que ces êtres humains soient pris en cible par des rebelles ou par des forces gouvernementales qui sont en guerre les uns contre les autres. »

 Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations Unies.