La junte birmane a fait l’objet de vives critiques à l'étranger pour sa gestion de la crise humanitaire consécutive au cyclone Nargis. 2,4 millions de personnes sont sinistrées, et la majorité d'entre elles, selon l'ONU, n'ont pas reçu de secours. Devant l'ampleur de la catastrophe, la junte au pouvoir a dû se résoudre à accepter l'aide internationale, tout en restant très méfiante vis-à-vis des étrangers, suspectés de « tactiques sournoises visant à (sa) perte ». Bien que l’étendue des destructions ne soit pas encore totalement connue, et que les évaluations permettant de chiffrer et de planifier la reconstruction soient rendues difficiles par les restrictions draconiennes imposées, le premier constat est que l’aide ne devra pas se limiter aux secours humanitaires d’urgence. Selon les experts, le cyclone Nargis a mis en péril l'autosuffisance alimentaire de la Birmanie, la mettant dans l’obligation d’importer du riz, alors qu’avant la catastrophe des exportations étaient prévues vers le Sri Lanka et le Bangladesh, victimes de pénuries liées à la crise du marché international des céréales. Les activités de développement social et économique qui doivent être envisagées ne pourront être déployées qu’à la suite d’analyses précises nécessitant du temps. Malheureusement, l’allocation de l’assistance internationale ne dépend pas seulement de l’intensité des besoins, mais aussi de considérations politiques et médiatiques, qui bien souvent en déterminent le montant. Alors que l’état indonésien, face à l’emballement médiatique et à l’ampleur des destructions causées par le Tsunami, avait largement ouvert la province d’Aceh - à l’époque en état d’urgence - à l’aide internationale, la Junte militaire birmane a restreint l’accès aux populations, ce qui a mis un frein à l’implication des sociétés civiles et des bailleurs de fonds partenaires habituels des ONG. Le risque existe que toute aide à la reconstruction ne soit soumise à de nouvelles conditions, les exigences politiques des diplomaties occidentales vis-à-vis du régime birman venant s’ajouter aux contraintes qui pèsent déjà sur l’action l’humanitaire. Si l’on considère l’urgence, à savoir le secours porté à une population à un instant précis et sur une durée limitée, comme une nécessité et un devoir, il appartient alors aux diplomaties étrangères de mettre en suspens leurs exigences politiques, afin de laisser le champ libre au « mouvement humanitaire ».
Patrick Verbruggen
Co-directeur
Triangle G H
Myanmar’s junta has been severely criticized abroad for its management of the humanitarian crisis after cyclone Nargis. There are 2,4 million disaster victims, and most of them, according to the UN, have not received help. The extent of the catastrophe has obliged the junta to accept international relief but it remains wary of foreigners and suspects them of having “sneaky tactics to undermine the regime”. We cannot measure the precise scale of destruction yet, and the evaluations required to estimate and plan reconstruction are complicated by the regime’s fierce restrictions, however we can already state that assistance must not be limited to emergency relief. According to experts, cyclone Nargis has jeopardized Myanmar’s food self-sufficiency. The country that had planned to export rice to Sri Lanka and Bangladesh, victims of shortages linked to the international cereal market crisis, will now have to import rice. The social and economic development actions that must be envisaged cannot be deployed until specific and time-consuming assessments have taken place. Sadly, allocation of international aid sometimes depends on other aspects than intensity of needs; political and media-driven considerations frequently influence the amount of money assigned to programs. While Indonesia, devastated by the Tsunami and facing huge media coverage, embraced the arrival of international aid in Aceh province – in a state of emergency at the time –, Myanmar’s military Junta has restricted access to populations, thus blocking civil society’s implication along with the involvement of donors who usually partner with NGOs. There is a risk that all the aid for reconstruction becomes subject to new conditions, with the political demands of western diplomacies adding an extra burden to the constraints already crushing humanitarian action. If we consider “emergency” (e.g. the aid given to a population at a given moment in time and for a precise period), as a necessity and a duty, then foreign diplomacies must suspend their political demands to give the “humanitarian movement” free reign.
Patrick Verbruggen
Co-director
Triangle G H