
Ce préambule est habituellement l’occasion de rappeler les évènements qui ont marqué l’année écoulée. Pour 2009, nous retiendrons la seule date du 22 novembre. Il est 23h en République Centrafricaine. Nous sommes à Birao, à plus d’un millier de kilomètres de la capitale Bangui, à l’extrême nord est du pays.
Notre équipe est à l’intérieur de la base depuis la tombée de la nuit, ainsi que l’exigent les procédures de sécurité. Les luttes pour le pouvoir ont favorisé le passage à la rébellion de groupes politico-militaires qui maintiennent le pays dans un état d’instabilité permanent. En plus des personnes réfugiées au Cameroun, au Tchad ou au Soudan, on estime à 100.000 le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays.
Ici, Triangle G H s’attache à maintenir le niveau de sécurité alimentaire et à créer les conditions d’une amélioration durable de l’accès à l’eau potable et à l’éducation. Olivier F. est le coordinateur de nos programmes dans cette région et Olivier D. est responsable watsan*. Le premier est en poste depuis septembre, après avoir travaillé pour nous au Soudan dans le Darfour durant une année. Olivier D. est arrivé en octobre, après avoir effectué lui aussi une mission au Darfour. Tous deux sont jeunes, moins de trente ans, mais néanmoins expérimentés et surtout fortement engagés dans l’action humanitaire. Il est 23h donc, et des coups de feux retentissent à proximité immédiate du lieu où est cantonnée notre équipe. Attentive au respect des procédures, elle se retranche dans une pièce dédiée et informe par radio la MINURCAT (Mission des Nations Unies pour la République Centrafricaine et le Tchad), basée non loin de là. Mais tout va très vite, les portes volent en éclats, la base est rapidement pillée et le groupe d’une quinzaine d’hommes en armes repart avec deux de nos véhicules chargés de matériel, emmenant avec eux Olivier F. et Olivier D. Nous serons rapidement informés et oserons espérer dans les premières heures qu’il s’agit seulement d’un enlèvement destiné à couvrir la fuite des pillards. Malheureusement, il n’en est rien… Olivier F. et Olivier D. seront maintenus captifs durant plus de trois mois.
Le 14 mars 2010 mettra un terme à 112 jours d’inquiétude et d’attente pour leurs familles, amis et collègues de travail. Olivier F. et Olivier D. vont bien. Le travail entrepris dans cette région de la Centrafrique se poursuit, il est piloté à distance avec des procédures de sécurité renforcées. Il n’en demeure pas moins que le travailleur humanitaire est aujourd’hui fortement menacé, des risques lourds pèsent sur sa personne alors même que sa présence sur différents terrains d’action est absolument nécessaire.
*Eau, hygiène et assainissement